Mercredi 18 février 2009 3 18 /02 /Fév /2009 01:19
Le bal des menteurs, c’est le bal des vampires... en pire. C’est la valse hallucinante de responsables d’instances étatiques qui tentent de cacher leur secret en s’acharnant sur un coupable idéal... qui est de moins en moins idéal comme coupable, mais qui est aujourd’hui l’innoncent évident.

Si j’avais la notoriété et la plume de Zola, je me lancerais dans un nouveau j’accuse...
Mais ce n’est pas le cas. Me retiendrai-je pour autant de dire l’état quasi halluciné dans lequel une telle mascarade me met.

Auparavant je disais, comme beaucoup, qu’Yvan Colonna avait été condamné sans preuve. Aujourd’hui, je me suis rendu compte que j’étais bien en dessous de la vérité. En fait, tout au long de ce procès (j’inclus la première instance), nous avons eu des preuves de son innocence.

Si des témoins étaient venus dire qu’ils avaient reconnu Yvan Colonna comme étant le tireur, cela aurait été classé comme preuve par le tribunal. Or, les deux seuls témoins oculaires du crime ont déclaré que l’assassin n’était pas Yvan Colonna. C’est aussi une preuve.

Si un expert balistique et un médecin légiste avait dit que le tireur avait les caractéristiques physiques d’Yvan Colonna, cela aurait été classé comme une preuve. Or le médecin légiste et un expert balistique affirment que le tireur mesurait au moins 1m82, et Yvan Colonna mesure 1m72. C’est encore une preuve.

Si l’empreinte du dernier membre du commando avait été celle d’Yvan Colonna, ç’aurait été une preuve. Sauf que l’empreinte digitale du dernier membre du commando n’était pas celle d’Yvan Colonna, et que ce dernier membre n’a jamais été retrouvé... A nouveau.

Ca commence à faire beaucoup de preuves de son innocence, non ? Preuves qui d’ailleurs ne seraient pas même nécessaires à sa libération puisqu’il est innocent jusqu’à preuve du contraire.

Si un truand dénonçait Yvan Colonna comme étant le tireur... Ah oui ! ça s’est produit. C’est d’ailleurs la seule justification qu’ont trouvée les juges de première instance pour leur intime conviction. Sauf que les truands se sont rétractés et ont dit avoir été forcés de le dénoncer sous pression policière, certains en donnant force détails sur les interrogatoires. Mais là, on ne veut plus les entendre. Dès que cela peut aller un tant soit peu à l’encontre de ce qui a été décidé à l’avance, on veut ne plus rien voir.

En fait, il semblerait que la cour cherche à balayer d’un revers les mouches qui tentent de perturber le cours des choses et de faire pencher la balance du coté de l’innocence d’Yvan Colonna.

Sauf que la balance penche depuis le départ du coté de son innocence, et la justice (la vraie, le concept même, ou la déesse justice si certains préfèrent) hurle aux imposteurs en voyant la parodie qui se déroule dans ses quartiers.

Le bal des menteurs... On en avait déjà eu un premier aperçu en première instance :

Roger Marion qui après avoir écrit dans son livre qu’il avait soutiré lui-même les aveux de Maranelli (membre du commando) qui accusait Colonna avoue qu’en fait il était parti manger un sandwich et boire une bière au moment de ces mêmes aveux, et qu’il n’a rien entendu.

Un policier qui après avoir soutenu qu’il n’avait absolument pas montré la déclaration d’un des membres du commando à son épouse avant de l’entendre, finit par avouer l’avoir fait, reconnaissant ainsi avoir poussé l’épouse à déclarer comme son mari qu’Yvan Colonna était coupable. Qui nous dit que le même subterfuge n’avait pas été utilisé pour les autres prévenus ? Personne. D’ailleurs eux-mêmes disent le contraire.

Et maintenant, c’est un témoin cité par la partie civile, Didier Vinolas, qui était le collaborateur du préfet Erignac, qui était aussi Secrétaire Général de la Préfecture, qui annonce avoir transmis à la justice des informations sérieuses sur deux membres toujours en liberté du commando, informations qui à leur tour pourraient encore innocenter Colonna, mais qui n’ont été prises en compte ni par les services de police ni par l’instruction, et qui ont même été cachées à la défense.

Et la cour refuse de reprendre l’instruction qui pourtant n’a cessé de montrer ses lacunes. Finalement, le message semble clair : peu importe la culpabilité de l’accusé, le procès ira jusqu’au bout, et nous n’avons pas envie d’en savoir trop sur son innocence. Mais vous en savez trop messieurs les juges, et cette innocence tout le monde peut la voir, à condition de regarder.

Par contre, nous revoici dans le bal des menteurs.

Parce que Didier Vinolas dit avoir transmis ces informations à (entre autres) Yves Bot, ex-procureur de la République. Celui-ci confirme, et déclare avoir transmis lesdites informations à Claude Guéant. Guéant conseille alors à Didier Vinolas par l’intermédiaire d’Yves Bot de se mettre en relation avec le patron du RAID (brigades d’interventions) Christian Lambert. Mais celui-là nie à la barre, etc. Et nous on n’en peut plus.

Je vais vous dire pourquoi on n’en peut plus. Parce que depuis longtemps on voit que ce procès est une erreur judiciaire. Mais on voit aussi que dans les hautes sphères de la justice et de la police, il y a quelque chose à cacher. Et si Yvan pense que c’est parce que Nicolas Sarkozi l’avait condamné d’office lors de sa déclaration publique le jour de l’arrestation en omettant l’adjectif présumé devant le mot assassin et qu’il ne peut plus perdre la face, je pense que lui aussi est en dessous de la vérité.

Je vais te dire Yvan, il y a certainement plus que ça. Ils ont plus à protéger qu’une vanité de Président.

Je ne permettrais pas de dire qui est dans le coup. Pas parce que j’ai la trouille, mais parce que je ne sais pas. Mais j’ai très peu de doutes sur le fait que la condamnation d’Yvan Colonna cache les secrets de certains sur la mort du préfet Erignac.

Et je souhaite la justice. Pas une mascarade. Et une vraie justice voudrait qu’on en finisse avec Yvan Colonna... Permettez-moi de préciser : en finir, c’est l’acquitter. Et qu’on reprenne une instruction qui fouille réellement pour répondre à quelques questions.

Pourquoi le Président de la Cour d’Assise cherche-t-il à discréditer absolument tout ce qui pourrait innocenter Yvan Colonna ?

Pourquoi Roger Marion a-t-il perdu les enregistrements téléphoniques qui innocentaient Yvan Colonna ?

Pourquoi le Juge Wacogne dit-il avoir volontairement omis de lire les informations qui lui avaient été remises par Didier Vinolas, et pourquoi les a-t-il cachées à la défense ?

Pourquoi les différents services de justice et de police donnent-ils des informations contradictoires ? Et qui ment ?

Pourquoi les parties civiles trouvent formidable Didier Vinolas lorsqu’il témoigne en leur faveur, et tentent de le discréditer lorsqu’il veut donner un complément d’information concernant l’affaire ? Qu’est-ce qui les terrorise à cette idée ?

Pourquoi la cour refuse-t-elle de rouvrir l’instruction quand il est évident que celle-ci a été bâclée, au risque de condamner un innocent à perpétuité ? Qui veut-elle protéger ?

etc. etc. etc.

Si cette justice est déniée aux français, certainement que 15 jours après la condamnation d’Yvan Colonna, la plupart auront oublié. Mais pas complètement. Il reste toujours des traces lorsqu’une injustice est commise. La force d’un peuple, la force d’une république, la force d’une démocratie, c’est la confiance. Si la confiance en la justice disparaît, alors c’est la terreur qui la remplacera. Elle sera peut-être cachée, sourde, mais elle sera là. Et c’est à nous de demander que justice soit faite. Et qu’on fouille du coté de ceux qui disent des contre-vérités, ceux qui mentent, ceux qui cachent.

On dirait que finalement, le seul qui dise la vérité depuis le début, c’est l’accusé...

Il y a 110 ans, Emile Zola écrivait à Félix Faure :

"Et c’est fini, la France a sur la joue cette souillure, l’histoire écrira que c’est sous votre présidence qu’un tel crime social a pu être commis.
Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis.
Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d’honnête homme Pour votre honneur, je suis convaincu que vous l’ignorez. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n’est à vous, le premier magistrat du pays ?"

Et plus loin dans sa lettre :

"L’opinion préconçue qu’ils ont apportée sur leur siège est évidement celle-ci : « Dreyfus a été condamné pour crime de trahison par un conseil de guerre ; il est donc coupable et nous, conseil de guerre, nous ne pouvons le déclarer innocent ; or nous savons que reconnaître la culpabilité d’Esterhazy ce serait proclamer l’innocence de Dreyfus. » Rien ne pouvait les faire sortir de là.
Ils ont rendu une sentence inique qui à jamais pèsera sur nos conseils de guerre, qui entachera désormais de suspicion tous leurs arrêts. Le premier conseil de guerre a pu être inintelligent, le second est forcément criminel."

"Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable, elle restera pour votre présidence une souillure. Je me doute bien que vous n’avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de la Constitution et de votre entourage. Vous n’en avez pas moins un devoir d’homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez. Ce n’est pas, d’ailleurs, que je désespère le moins da monde du triomphe. Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera. C’est d’aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes : d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse ; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite. Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres."

Emile, que n’es-tu pas vivant aujourd’hui pour mettre un terme à ce nouveau bal des menteurs...
Par Roseau - Publié dans : Justice - Communauté : Pour un monde meilleur
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Vendredi 13 février 2009 5 13 /02 /Fév /2009 00:56
Le procès en appel doit-il donner à espérer, à désespérer, à cultiver une haine farouche des institutions, à cultiver une apathie sans porte de sortie, un esprit amer, revanchard, un détachement serein, une exaspération contenue ? Sa mort (ou son remplacement juridique, la perpétuité) est-elle déjà inscrite au registre des jugements sans surprises ?

On pourrait penser que ça commence mal... Comme la première instance a mal fini.

A moins que ce ne soit un bon présage. Le juge de première instance était gentil, comme un agneau. Jusqu’au verdict. Le second semble avoir moins de patience. C’est pas plus mal. C’est plus combatif.

Mais difficile tout de même d’avoir de l’espoir. L’espoir d’un jugement impartial et honnête. Surtout si l’on ne définit pas l’honnêteté nécessaire à ce genre d’histoires.

C’est vrai, en première instance, amis et famille d’Yvan Colonna s’étaient succédés à la barre pour témoigner de son caractère intègre et étranger à toute forme de violence meurtrière. Et c’est vrai que ça n’avait servi à rien (ou à pas grand chose en tout cas).

Aujourd’hui, lorsque Yvan a dit "Que je sois un bon ou un méchant garçon, un bon ou un mauvais époux, ça n’a aucune importance. La seule question, c’est celle-ci : suis-je innocent ou pas ?", je me suis dit que si c’était effectivement la vraie question, nous étions maintenant arrivés à un point ou existait une question plus fondamentale : peut-on juger un homme uniquement sur l’intime conviction du juge ?

Pourquoi cette question serait-elle plus fondamentale ?

Pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’un juge peut être soumis à des pressions (et franchement je ne sais pas si ceux-ci le sont). Ou à ses propres opinions...

Ensuite parce que bien entendu, le jugement de première instance n’a fait apparaître aucune preuve. Au contraire, les deux seules personnes qui ont vu l’assassin ont assuré que ce n’était pas Yvan, et tous les essais pour prouver sa culpabilité se sont soldés par des échecs. Et malgré cela, le juge l’a condamné à perpète, sur la base de son intime conviction (il n’y avait aucune pièce cachée au dossier, et tout le monde a pu se rendre compte tout au long du procès de l’absence de preuves, je ne reviendrai pas là-dessus aujourd’hui).

Alors je me suis demandé comment j’aurais fait, histoire de ne pas me contenter de critiquer vainement la justice. Et même si tout le monde s’en fout, je vais le dire ici.

Moi, j’ai l’intime conviction qu’il est innocent du crime qu’on lui reproche, et j’ai certainement plus d’éléments pour juger l’homme (pas les preuves) qu’un juge qui l’a côtoyé pendant seulement 5 semaines de derrière son comptoir.

Mais si on m’avait demandé de le juger, j’aurais mis mon intime conviction de coté. Et j’aurais cherché des preuves. Et si je ne les avais pas trouvées, j’aurais cherché encore, et mieux que le juge d’instruction qui n’a finalement rien trouvé. Et j’aurais fouillé d’autres pistes, jusqu’à ce que je trouve quelque chose. Et si malgré ma pugnacité, malgré avoir fouillé toutes les pistes possibles, je n’avais pas trouvé de preuves réelles, mais que je n’avais pas pu prouvé son innocence non plus, eh bien j’aurais été obligé de le libérer. Tant pis pour moi si je me trompe, on ne condamne pas un homme sans preuve. Si vraiment le juge l’a mauvaise, alors qu’il condamne le juge d’instruction pour n’avoir pas fait son boulot.

C’est sûr que c’est un peu simplifié, mais ça donne l’esprit que je pense être celui de l’honnêteté.

Comment peut-on parler de procès équitable, si celui-ci peut se solder par une condamnation en l’absence de preuves ? Qui détermine l’équitabilité ? Faudra-t-il faire passer des tests d’équitabilité au juge ?

Certains journalistes ont parlé de "la peur des épouses des membres du commando lorsqu’elles sont venues dire qu’Yvan était innocent à la barre". Et ont présenté cela comme une preuve de sa culpabilité. On est en pleine psychanalyse de comptoir. Qu’est-ce qu’ils utilisent ces journalistes ? Un détecteur de mensonge à distance ?

Bref, que peut-on faire ?

Peut-être rien, mais c’est la réponse que je déteste le plus. Je n’aime pas non plus les réponses révolutionnaires ou les réponses qui fustigent la société et ses gouvernants.

La réponse est certainement dans l’expression des individus sur ce procès. Nombreux sont ceux qui ont pensé que quelque chose ne tournait pas rond dans cette histoire. Nombreux sont ceux qui sans cautionner un instant ce crime terroriste, ont frémi à l’idée que nous puissions condamner un innocent. Si chacun d’entre nous le disait, écrivait aux journaux, s’exprimait d’une manière ou d’une autre, cela pourrait avoir un impact. Parce que de deux choses l’une : soit c’est un procès équitable, et alors cela ne changera rien, ni en bien ni en mal, soit c’est un procès politique, et alors l’opinion publique compte. Elle compte beaucoup.

Il ne s’agit pas de dire qu’Yvan est innocent ou pas, car cela, peu nombreux sont ceux qui peuvent l’affirmer avec certitude, si ce n’est en se basant sur leur intime conviction, ce que nous avons écarté par postulat de départ. Il ne s’agit pas d’en faire son propre cheval de bataille politique, car le premier qui y perdrait, ce serait l’accusé.

Mais il s’agit bien de poser la question : peut-on condamner un homme sans preuve, en s’en remettant à l’intime conviction d’un juge ? Parce que cette question appartient aux gens, pas à un dirigeant ni à un magistrat. Il s’agit des fondements mêmes de notre constitution et de notre attachement à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Et nous avons le droit (voire le devoir) d’avoir une opinion dessus. Et de le dire.

Et je pense que cette question contient une vérité qui la fera parvenir aux oreilles des princes. Elle semble évidente, je n’ai pas le privilège de l’avoir inventée, mais si nous ne la posons pas, elle ne servira à rien, elle non plus.

A cette question de savoir si l’on peut condamner un homme sans preuves, je réponds non, après y avoir mûrement réfléchi. Votre réponse vous appartient. Faites-là connaître. Ce que chacun d’entre nous fait a son importance. Toujours, comme dans les films de Frank Capra.

Et à toi Yvan, que les étoiles bénissent ton chemin et que ton courage porte ses fruits. Et pour qu’il n’y ait pas d’équivoque, je parle du courage qui te permet de garder la tête froide malgré ces années d’emprisonnement, de te battre encore, et d’aimer toujours.
Par Roseau - Publié dans : Justice - Communauté : Pour un monde meilleur
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