Cantona pour Colonna, le premier des J’accuse ?

Publié le par Roseau

Vendredi, le Figaro publiait une lettre d’Eric Cantona, dans laquelle se dernier affirmait son soutien à Yvan Colonna et prenait ouvertement partie pour la reconnaissance de son innocence.

Au risque d’en déplaire à certains, je trouve cet acte d’un grand courage.

Courage parce qu’Eric Cantona n’ignore pas qu’il prend ainsi le risque de devenir la cible de plus de la moitié des médias français. Courage parce que si au final, Yvan Colonna était condamné, Eric Cantona serait pointé du doigt comme celui qui a défendu un criminel. Courage parce que depuis le début, bien que la majorité des gens soient conscients que quelque chose cloche dans ce procès, et qu’Yvan Colonna a plutôt l’air d’un innocent que d’un assassin, personne n’ose vraiment le dire clairement, de peur de se tromper, de peur d’avoir voulu faire confiance et d’être une nouvelle fois trahi.

Mais Eric Cantona a écrit une lettre dans laquelle il développe les vrais arguments. Je sais que certains n’hésiteront pas à prétendre qu’en tant qu’ex-footballeur il aurait mieux fait de se taire, mais nous parlerons tout à l’heure des véritables idiots de l’histoire.

"Je me suis aussi fié à l’histoire," écrit Eric Cantona, "à toutes les erreurs de justice - volontaires ou involontaires. Aux manipulations d’un certains pouvoir et d’une certaine presse qui ont toujours existé et qui existent plus que jamais. L’issue du premier procès l’a condamné à la prison à perpétuité sans la moindre preuve ADN, empreinte, écoutes téléphoniques... Si je n’ai pas voulu me fier uniquement à mon instinct pour être convaincu de l’innocence d’Yvan Colonna, a quoi les juges se sont fiés ? Sur quoi ont-ils basé leur jugement ?"

Parce que le fond de l’histoire c’est cela. Chacun peut, en fait, réellement se faire sa propre idée. Tous les éléments à la disposition des juges ont été communiqués un jour ou un autre par le biais des médias. Parfois il faut décortiquer, parce que c’est présenté de manière biscornue, certains médias ayant des consignes claires quant à la thèse qu’ils doivent accréditer (et pas forcément ceux que l’on pense, voir Libération).

Donc, si vous-mêmes n’avez pas de preuves claires de la culpabilité d’Yvan Colonna, eux non plus.

Petite digression sur le chapitre des preuves, parce que j’ai dit que nous parlerions des véritables idiots de l’histoire. La palme du QI le plus bas a peut-être été remportée par Jean-Pierre Chevènement. Non seulement il dépasse de loin l’ancien Ministre de l’intérieur en affirmant être certain de la culpabilité d’Yvan Colonna (et là ce n’est ni un lapsus ni une fanfaronade), mais lorsqu’on lui demande de se justifier, ne voilà-t-il pas qu’il explique que tous les murs de Corse présentent l’inscription "Gloire à toi Yvan" et qu’il n’y a pas écrit "Gloire à toi Pierre Alessandri". C’est bien la preuve ! Donc c’est clair, tous les corses sont au courant de la culpabilité d’Yvan Colonna, connaissance qu’ils cachent depuis 10 ans à la police, qui elle n’a jamais réussi à trouver la moindre preuve... Ne lui serait pas venu à l’idée que la majorité des corses ne soutiennent pas les assassins et que c’est pour ça qu’il n’y a jamais eu de comité de soutien public pour les membres du commando comme il y en a un pour Yvan. Mais peut-être que Chevènement, ancien ministre de l’intérieur à l’époque de l’assassinat, voit les autres comme il pourrait être.

Bref, Cantona a raison. Il ne s’agit pas de se substituer à la justice. Mais il ne s’agit pas non plus d’accepter aveuglément des raisonnements fallacieux voire inexistants et de ne pas rappeler à cette même justice qu’elle existe pour les gens, et qu’elle est censée être juste. Et juste veut dire conforme à des faits, en jugeant les hommes sur des preuves, pas des "intimes convictions" qui semblent aujourd’hui fortement influencées par une volonté de dissimuler des vérités.

Eric Cantona fait preuve aujourd’hui de courage, car il a tout à perdre. Certes, son intégrité sera présentée de manière dégradée ou dégradante. Qu’importe, elle est plus importante que la critique. Il n’est pas le premier des courageux. Il y a eu Monseigneur Gaillot qui avait soutenu Colonna dès la première instance, il y a eu Patrizia Gattaceca, la chanteuse corse qui l’avait hébergé pendant sa cavale, et il y en a eu d’autres. Mais la prise de position de Cantona aujourd’hui est encore plus à propos à mon sens. Car elle pose la véritable question de l’injustice résultant d’une condamnation sur simple intime conviction.

Bien que j’aime beaucoup Sollacaro, avocat de la défense, je n’approuve pas sa manière de politiser le procès. Mais je ne peux que m’incliner devant son engagement qui est fondé sur un véritable savoir quant à l’innocence ou la culpabilité d’Yvan. Et personne ne peut mettre en doute la sincérité de l’avocat corse. C’est certainement lui qui a le plus potassé le dossier, il y a certainement passé beaucoup plus de temps que les juges de la première ou seconde instance (qui ont un planning plutôt chargé).

Je n’aimerais pas qu’on interprète mon discours comme un discours subversif qui dénierait le droit à la justice de faire son travail. Je souhaite seulement, comme presque chaque citoyen de ce pays, que notre justice en soit une dont on puisse être fier, qu’elle ne serve pas les intérêts de certains au détriment des autres, et qu’elle soit juste. Elle sait l’être. Mais aujourd’hui la preuve est faite qu’elle peut déraper. Je souhaite moi aussi qu’elle revienne dans un chemin plus intègre. Et je compte sur des gens comme Cantona pour que cela soit dit et redit. Merci Eric. Je crois aux vertus de la parole et de l’honnêteté.

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