Chine : un Panchen Lama au service de la propagande

Publié le par Roseau

Il se produit parfois des choses étranges. Qui est ce 11ème Panchen Lama qui proclame que "la Chine connaît l'harmonie culturelle, la stabilité et la tolérance religieuse" lors d'un forum bouddhiste à Wuxi, dans l'est de la Chine. C'est le même qui depuis récemment a régulièrement des propos très durs à l'égard du Dalaï Lama. Sorti d'un chapeau ?

Pourtant, les deux sont tibétains, de la branche bouddhiste tibétaine des Guelugpas (bonnets jaunes). Le Panchen Lama se situe juste après le Dalaï-Lama dans le système hierarchique tibétain.

On peut se demander comment, alors que le dernier rapport de Human Rights Watch est très sévère à l'égard de la politique chinoise envers les tibétains (et très critique sur la situation des droits de l'homme en Chine fin 2008, malgré les promesses faites aux instances internationales), on se retrouve avec un Panchen Lama complétement dévoué à la propagande du Parti Communiste gouvernant.

Bien sûr, le gouvernement chinois, soucieux de se refaire une image, aurait pu s'allier à un Panchen Lama qui aurait partagé les mêmes idées que lui, ou aurait été payé pour ses propos, voire aurait été intéressé dans le dénigrement du Dalaï Lama, qui après tout est son supérieur hierarchique chez les Guelugpas.

Mais l'histoire est un peu plus sordide que cela.

En fait, l'actuel Panchen Lama est ce que l'on pourrait appeler un imposteur, si nous n'avions pas peur d'entrer dans une polémique qui parfois nous dépasse.

Choekyi Gyaltsen, le 10ème Panchen Lama meurt en 1989, trois jours après un discours de soutien au Dalaï Lama qui avait fort déplu au Gouvernants du PCC. Mort d'une crise cardiaque pour les uns, empoisonné pour les autres.

Les recherches commencent alors pour découvrir qui sera la réincarnation du Panchen Lama, selon la tradition tibétaine. Le tibétain chargé par le PCC de découvrir l'enfant, Chadrel Rinpoché, découvre en 1995 le jeune Gendhun Choekyi Nyima (6 ans) qui déclare être sa réincarnation, et passe les tests traditionnels qui confirment son identité. Chadrel prévient en cachette le Dalaï Lama, qui après examen le reconnait officiellement comme le 11ème Panchen Lama. Et là, tout s'emballe. Le Parti Communiste Chinois, apprenant cela, enlève l'enfant et ses parents qui n'ont jamais reparu depuis lors. Il arrête et emprisonne Chadrel pour avoir communiqué avec le Dalaï Lama.

Et quelques mois plus tard, Pekin organise à Lhassa (capitale du Tibet) un tirage au sort pour désigner leur propre candidat, Gyancain Norbu, qui porte encore aujourd'hui le titre de 11ème Panchen Lama... il a maintenant 19 ans.

Pendant un an la Chine avait refusé de reconnaître son lien avec l'enlèvement du véritable Panchen Lama. Puis elle a reconnu l'avoir enlevé "pour son bien" et n'a jamais dévoilé d'informations permettant de le retrouver. Malgré les demandes du Comité des Droits de l'Enfant de l'ONU, et de Mme Asma Jahangir, Rapporteur Spécial sur la liberté de religion ou de croyance du Conseil des droits de l'homme des Nations unies.

Vous me direz, un gouvernement comme celui de la Chine n'a pas vraiment de comptes à rendre... Il n'empêche que cet enfant fut le plus jeune prisonnier politique du monde.

Il ne s'agit pas ici d'engager un combat anti-chinois qui n'a aucun intérêt, ni même d'apporter du bois au feu de la polémique sur l'indépendance du Tibet, voire même de penser qu'on pourrait boycotter un pays comme la Chine et que cela aurait l'impact voulu.

Mais on ne peut fermer les yeux sur le totalitarisme et les exactions du gouvernement chinois. La propagande du Parti Communiste Chinois me donne souvent la nausée. Je pourrais tomber dans le panneau s'ils faisaient leurs relations publiques sur un changement récent dans leur politique. Encore faudrait-il en voir des preuves et les différents rapports des organisations de surveillance et de respect des droits de l'homme semblent plutôt dire le contraire. Mais lorsque j'entends que "50 ans de démocratie chinoise ont sorti le Tibet de son ignorance"... Je me dis qu'on se fout de ma gueule.

Et je plains de tout mon coeur le Panchen Lama du gouvernement chinois, voué à une cause qui n'a que faire de la spiritualité bouddhique, et utilisé à des fins de propagande pour un pays où la religion, si elle est autorisée aujourd'hui, doit avoir reçu le tampon du parti pour ne pas être "illégale".

Quant au véritable Panchen Lama, je prie pour qu'il ait gardé sa joie et puisse un jour, vite, retrouver son pays et son peuple.

Publié dans Totalitarisme

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Aurelien Royer 12/07/2009 11:15

Je serais tenté d'avouer mon incompétence sur ce sujet. Je connais plus ou moins la tradition bouddhiste quant à la recherche du Panchen Lama. Mais, le choix du dernier, son enlèvement, son remplacement m'ont totalement échappé. Parler de "prisonnier politique", comme tu le dis, est très juste. Je dirais même qu'un régime qui commence à opérer de telles manipulations, en matière religieuse, est encore pire qu'un totalitarisme. Comme si le contrôle sur les médias, l'absence d'élections libres et ouvertes, la propagande à destination de l'étranger ne suffisaient pas !