Une bougie pour Yvan Colonna

Publié le par Roseau

Dans sa Prison de Fresne, voilà maintenant 6 ans qu’Yvan Colonna est incarcéré.

J’ai volontairement laissé passer un peu de temps suite à l’annonce de sa condamnation en appel pour reparler de ce procès avec les idées claires.

Que reste-t-il aujourd’hui ?

D’abord, le silence de la majorité des politiciens après cette démonstration d’une justice qui n’a pas fait preuve du plus grand professionnalisme. Un silence ponctué de quelques déclarations comme celle de François Hollande, qui s’insurge du rapprochement entre Yvan Colonna et Dreyfus, ou celle de Rachida Dati qui se refuse à tout commentaire face à une décision souveraine. La justice a tranché.

Quelques journalistes, tels Philippe Madelin et Jean-Michel Aphatie, continuent de relater les errements de ce procès et d’en rappeler le doute qu’il a laissé dans les esprits.

La décision d’ajouter les 22 ans de sûreté à la condamnation initiale est apparue comme la concrétisation d’un esprit de vengeance, un message de punition pour une attitude jugée trop agressive de la part de l’accusé et de ses avocats. Beaucoup ont fait remarquer qu’aucun élément à charge ne s’étant rajouté dans cette seconde instance, il n’y avait aucune raison de durcir la peine. Quant à l’attitude des avocats d’Yvan Colonna, le Bâtonnier de Paris, Christian Charrière-Bournazel, en a pris la défense en des termes très clairs : "Nous ne sommes pas avocats pour nous-mêmes, mais pour ceux qui nous appellent à l’aide. Qu’ils refusent d’être défendus est leur droit. Notre devoir nous impose de respecter leur décision. La Convention de sauvegarde des droits de l’homme dispose que toute personne traduite en justice a le droit de se défendre seule ou de recourir à l’assistance d’un avocat. Elle a le droit de garder le silence, de refuser de comparaître. Ses choix lui appartiennent. Je n’accepterai jamais que l’on impose un avocat à qui n’en veut pas, comme s’il était l’alibi d’une juridiction que l’accusé récuse". "La presse annonce des poursuites contre les avocats qui refusent d’être commis d’office. J’entends en ce cas être le premier poursuivi". Il encouragera en outre les juges à "s’interroger sur les raisons de la rupture".

L’annonce de l’écartement du Juge Wacogne des cours d’assises à partir de septembre a créé une petite polémique et s’il elle n’a pas été annoncée comme un désaveu par le Premier président de la cour d’appel, elle ajoute à ce sentiment d’échec de la justice dans ce procès Colonna.

Puis, une semaine après le verdict, une refonte du système des assises est à l’étude. C’est une commission dirigée par Philippe Léger et mandatée par Nicolas Sarkozy qui a la charge d’examiner et de réformer les assises. Me Gilles-Jean Portejoie, membre de la commission, remet déjà en question l’intime conviction, cette conviction qui permet au juge de prononcer son verdict sans avoir à le justifier (à en donner les raisons). Me Thierry Herzog, également membre de la commission, de renchérir : « L’absence de motivation est un problème pour tout le monde. Y compris pour la personne condamnée, en cas d’appel. » Malheureusement un peu tard pour Yvan Colonna qui ne put que subir l’intime conviction de la cour spéciale, sans en connaître les motivations.

Il nous reste en mémoire les différentes "bavures" du procès, les mensonges prouvés des policiers, les témoins oculaires qui affirment qu’il n’est pas le tireur, les pistes éludées alors qu’on commençait à peine à comprendre la raison de la dénonciation initiale d’Yvan Colonna par les membres du commando, le discrédit jeté sur les témoins qui n’allaient pas dans le sens de l’accusation, le retournement passé presque inaperçu de la Juge Levert qui a finalement reconnu que pour elle il n’y avait que deux personnes et non trois sur le lieu même du crime, innocentant ainsi Yvan Colonna... à son corps défendant, etc.

La mobilisation en Corse a été très importante, pour réclamer une justice équitable. Les débordements d’une centaine ne doivent pas prendre le pas sur les milliers qui ont manifesté dans le calme pour dire leur indignation. Les casseurs sont pour moi le jeu d’une récupération politique honteuse, et sont ensuite récupérés par les ennemis des premiers récupérateurs pour faire oublier le fond du débat. Les violences, d’un coté comme de l’autre, sont inacceptables. Et c’est la responsabilité de chacun de faire en sorte qu’elles ne se produisent plus.

Le pourvoi en cassation a été déposé, et il n’y a aucune raison qu’il n’aboutisse pas, au vu des incohérences et errances du procès en appel. Aucune raison qu’il n’aboutisse pas... d’ici 8 à 12 mois. En attendant, Yvan est toujours en prison. Et en ce 7 avril 2009, il fêtera ses 49 ans, en prison. De nombreuses personnes en Corse et ailleurs allumeront dans la nuit une bougie pour témoigner leur affection à un homme qu’ils croient innocent et qui purge la peine maximale. Je n’aurais certainement pas le coeur à allumer une bougie pour un homme qui en aurait assassiné un autre de trois balles dans la nuque un soir de concert. Et ce soir, j’allumerai moi aussi une bougie que je placerai à ma fenêtre.

Publié dans Justice

Commenter cet article

vivi 14/04/2009 10:35

C'est bien volontiers que je parlerai de votre blog.. d'ailleurs, le lien est sur mon profil "facebook" !!!!

Roseau 17/04/2009 00:50


Génial. Merci.


vivi 11/04/2009 00:08

Eh bien, Cher Roseau, vos articles sont un enrichissement pour ceux qui les lisent. Je suis convaincue que bon nombres d'opinions en faveur d'Yvan Colonna se sont forgées à force de vous lire.
J'aime votre ton et votre constance. Et j'ai envie de vous dire Merci... Car lorsque je vous lis, ce que vous exprimez rejoint exactement ma pensée, mais que je ne saurais si bien expliquer.

A très bientôt.
Vivi

Roseau 13/04/2009 22:17



Merci Vivi pour votre soutien sur ce blog que je viens d'ouvrir. N'hésitez pas à le faire connaître autour de vous.
J'étendrai progressivement l'éventail des sujets, mais le destin d'Yvan restera une de mes préoccupations majeures.