Psychiatrie et nazisme contemporains

Publié le par Roseau

1er Mars 2008, clinique sainte Barbe à Strasbourg, le psychiatre Jean Garrabé prend la parole dans un colloque : « Je voudrais en ouverture de ce colloque organisé à Strasbourg par le Collège de psychiatrie, souligner que ce que l’on nomme par euphémisme l’ « utilisation abusive de la psychiatrie par certains régimes politiques », et qui constitue en fait un crime contre l’humanité tel qu’ils ont été définis par les jugements du Tribunal de Nuremberg en 1945 , se produit lorsqu’au nom de la « science » officielle, des médecins considèrent qu’ils ne sont plus tenus de respecter les lois de l’éthique médicale. »


Il évoque ensuite les atrocités nazies commises au nom de l’eugénisme et de la psychiatrie, et le risque d’une dérive similaire à notre époque.


Un peu plus tard dans ce colloque, le Professeur Michel Patris, chef de service de psychiatrie au CHU de Strasbourg, développe à son tour en prenant l’exemple plus récent de la psychiatrie en URSS : « L’abus de psychiatrie selon le modèle soviétique peut non seulement s’envisager comme la main mise d’un régime totalitaire sur l’institution psychiatrique mais aussi comme l’égarement du discours de la psychiatrie elle-même, au point de soulever la question : en quoi la psychiatrie aurait pu se soutenir dès ses origines d’un égarement du discours de la médecine et de la science ? Michel Foucault a largement labouré ce terrain autour de la question de la Raison. Ce qu’il dénonce n’est pas un abus de psychiatrie mais l’abus de pouvoir par lequel l’Etat délègue une institution (officiellement médicale) dans le partage entre Raison et Déraison, la Raison pouvant au demeurant être celle de l’Etat. Autrement dit, à lire Foucault et si on le suit, la psychiatrie était dès sa naissance non pas simplement vouée à servir ouvertement un maître absolu mais à délimiter au sein de la société un cercle sacré autour de la folie pour pouvoir en traiter l’abcès. »


Ce qui est développé ici, c’est non seulement l’utilisation de la psychiatrie à des fins politiques et totalitaires, mais aussi l’éventualité que la psychiatrie serait dès sa naissance vouée à cette cause de fixer « socialement » la limite entre le « normal », « l’acceptable », jusqu’à ce que son action soit uniquement d’être le bras armé (sous couvert médical) d’instances totalitaires.


Malheureusement, la situation actuelle de la psychiatrie et ses rapports avec la société font pencher la balance en faveur de cette éventualité, et la psychiatrie semble bien n’avoir que très peu à voir avec une volonté thérapeutique, et beaucoup plus à voir avec une volonté politique et économique digne des régimes totalitaires les plus terribles de notre histoire.


Les prochaines lois qui vont bientôt être en débat au conseil des ministres, concernent la médicalisation sous contrainte à domicile (« soins ambulatoires sans consentement »). Alors que le nombre d’hospitalisations sous contrainte (internement en hôpital psychiatrique contre la volonté du patient) dépasse chaque année les 70 000 personnes en France (dont des personnes jugées « dérangeantes et dangereuses » par des préfets, des personnes gênantes pour leur famille, etc.), la nouvelle loi permettra aux psychiatres d’agrandir leur champs d’action sans contrainte de place dans les hôpitaux.


Si cette volonté est soutenue par l’idée (fausse, mais c’est cette idée qui berne les politiques) que c’est par manque de moyens que la psychiatrie n’arrive pas à endiguer le taux de criminalité qu’on trouve chez les patients ou ex patients de ses hôpitaux, elle indique le risque d’une dérive catastrophique permettant de mettre une partie importante de la population sous contrôle et traitement psychiatrique.


Jusqu’à maintenant, lorsqu’une personne était présentée par les services de police, un tiers de la famille ou autre, pour être internée sous contrainte, les psychiatres étaient retenus par le fait qu’ils avaient un nombre de places limité pour faire leur travail d’internement. Aujourd’hui, ces demandes pourront aboutir à une obligation de soins psychiatriques à domicile, sous peine de sanctions judiciaires en cas de refus. Ce qui veut dire plus simplement, que si un tiers décide que vous devez être interné, qu’un médecin psychiatre en décide ainsi (et dieu sait combien d’abus ont été constatés dans le domaine), mais que l’hôpital est déjà plein, le psychiatre pourra sans aucune difficulté vous astreindre à prendre une médication psychiatrique (camisole chimique), voire à recevoir une sismothérapie (le bon vieil électrochoc rebaptisé pour des raisons de marketing) chez vous, avec contrôle quotidien obligatoire.


Aujourd’hui, le contrôle des populations ne se fait plus par une euthanasie (eutanazie ?) par trop impopulaire depuis les années 40 (ce sont des psychiatres qui ont été à l’origine du programme T4, qui conduisit tant de gens à la chambre à gaz sous Hitler), ni par un enfermement systématique des opposants en hôpital psychiatrique comme sous le régime soviétique (ou de nos jours sous le régime communiste chinois, comme le dénonce le dernier rapport du Département d’état américain sur les droits de l’homme), mais par quelque chose de plus sournois mais qui peut permettre finalement une psychiatrisation des populations à beaucoup plus grande échelle.


Les campagnes visant à faire imaginer aux gens que des pourcentages de plus en plus grands de la population sont sujets à la « maladie mentale », l’invention pure et simple de nouvelles « maladies psychiatriques » dénoncée par des organismes aussi sérieux que l’IGAS, les collusions entre l’industrie pharmaceutique et la psychiatrie dénoncées par des psychiatres de renom comme feu le professeur Zarifan dans son rapport, montrent qu’il y a une volonté de psychiatriser et de médicaliser de plus en plus de maux ou de « non-maux » qui n’ont rien à faire dans le champs de la psychiatrie. Une population convaincue d’être malade est une population qu’on peut « guérir », parfois contre sa volonté. Et je ne conseille à personne d’essayer de guérir un mal-être à coup d’électrochocs ou de camisoles chimiques. Quant à vouloir guérir une différence, que ce soit une différence d’ordre ethnique, raciale ou génétique (comme dans la psychiatrie nazie et ses rejetons, tels le psychiatre Karadzic et ses amis), ou une différence d’ordre sociale ou de conviction (comme dans pratiquement toutes les psychiatries)... et si l’ère nazie était à venir ?


De nombreux psychiatres et psychanalistes se battent contre cette psychiatrie qui a oublié le sujet lui-même, qui se contente de prescrire au profit de ses alliés les fabricants de drogues psychiatriques, d’interner au profit de la pensée unique. Soutenons-les et refusons l’aliénation de notre liberté.

Publié dans Totalitarisme

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