Procès Colonna : le bal des menteurs

Publié le par Roseau

Le bal des menteurs, c’est le bal des vampires... en pire. C’est la valse hallucinante de responsables d’instances étatiques qui tentent de cacher leur secret en s’acharnant sur un coupable idéal... qui est de moins en moins idéal comme coupable, mais qui est aujourd’hui l’innoncent évident.

Si j’avais la notoriété et la plume de Zola, je me lancerais dans un nouveau j’accuse...
Mais ce n’est pas le cas. Me retiendrai-je pour autant de dire l’état quasi halluciné dans lequel une telle mascarade me met.

Auparavant je disais, comme beaucoup, qu’Yvan Colonna avait été condamné sans preuve. Aujourd’hui, je me suis rendu compte que j’étais bien en dessous de la vérité. En fait, tout au long de ce procès (j’inclus la première instance), nous avons eu des preuves de son innocence.

Si des témoins étaient venus dire qu’ils avaient reconnu Yvan Colonna comme étant le tireur, cela aurait été classé comme preuve par le tribunal. Or, les deux seuls témoins oculaires du crime ont déclaré que l’assassin n’était pas Yvan Colonna. C’est aussi une preuve.

Si un expert balistique et un médecin légiste avait dit que le tireur avait les caractéristiques physiques d’Yvan Colonna, cela aurait été classé comme une preuve. Or le médecin légiste et un expert balistique affirment que le tireur mesurait au moins 1m82, et Yvan Colonna mesure 1m72. C’est encore une preuve.

Si l’empreinte du dernier membre du commando avait été celle d’Yvan Colonna, ç’aurait été une preuve. Sauf que l’empreinte digitale du dernier membre du commando n’était pas celle d’Yvan Colonna, et que ce dernier membre n’a jamais été retrouvé... A nouveau.

Ca commence à faire beaucoup de preuves de son innocence, non ? Preuves qui d’ailleurs ne seraient pas même nécessaires à sa libération puisqu’il est innocent jusqu’à preuve du contraire.

Si un truand dénonçait Yvan Colonna comme étant le tireur... Ah oui ! ça s’est produit. C’est d’ailleurs la seule justification qu’ont trouvée les juges de première instance pour leur intime conviction. Sauf que les truands se sont rétractés et ont dit avoir été forcés de le dénoncer sous pression policière, certains en donnant force détails sur les interrogatoires. Mais là, on ne veut plus les entendre. Dès que cela peut aller un tant soit peu à l’encontre de ce qui a été décidé à l’avance, on veut ne plus rien voir.

En fait, il semblerait que la cour cherche à balayer d’un revers les mouches qui tentent de perturber le cours des choses et de faire pencher la balance du coté de l’innocence d’Yvan Colonna.

Sauf que la balance penche depuis le départ du coté de son innocence, et la justice (la vraie, le concept même, ou la déesse justice si certains préfèrent) hurle aux imposteurs en voyant la parodie qui se déroule dans ses quartiers.

Le bal des menteurs... On en avait déjà eu un premier aperçu en première instance :

Roger Marion qui après avoir écrit dans son livre qu’il avait soutiré lui-même les aveux de Maranelli (membre du commando) qui accusait Colonna avoue qu’en fait il était parti manger un sandwich et boire une bière au moment de ces mêmes aveux, et qu’il n’a rien entendu.

Un policier qui après avoir soutenu qu’il n’avait absolument pas montré la déclaration d’un des membres du commando à son épouse avant de l’entendre, finit par avouer l’avoir fait, reconnaissant ainsi avoir poussé l’épouse à déclarer comme son mari qu’Yvan Colonna était coupable. Qui nous dit que le même subterfuge n’avait pas été utilisé pour les autres prévenus ? Personne. D’ailleurs eux-mêmes disent le contraire.

Et maintenant, c’est un témoin cité par la partie civile, Didier Vinolas, qui était le collaborateur du préfet Erignac, qui était aussi Secrétaire Général de la Préfecture, qui annonce avoir transmis à la justice des informations sérieuses sur deux membres toujours en liberté du commando, informations qui à leur tour pourraient encore innocenter Colonna, mais qui n’ont été prises en compte ni par les services de police ni par l’instruction, et qui ont même été cachées à la défense.

Et la cour refuse de reprendre l’instruction qui pourtant n’a cessé de montrer ses lacunes. Finalement, le message semble clair : peu importe la culpabilité de l’accusé, le procès ira jusqu’au bout, et nous n’avons pas envie d’en savoir trop sur son innocence. Mais vous en savez trop messieurs les juges, et cette innocence tout le monde peut la voir, à condition de regarder.

Par contre, nous revoici dans le bal des menteurs.

Parce que Didier Vinolas dit avoir transmis ces informations à (entre autres) Yves Bot, ex-procureur de la République. Celui-ci confirme, et déclare avoir transmis lesdites informations à Claude Guéant. Guéant conseille alors à Didier Vinolas par l’intermédiaire d’Yves Bot de se mettre en relation avec le patron du RAID (brigades d’interventions) Christian Lambert. Mais celui-là nie à la barre, etc. Et nous on n’en peut plus.

Je vais vous dire pourquoi on n’en peut plus. Parce que depuis longtemps on voit que ce procès est une erreur judiciaire. Mais on voit aussi que dans les hautes sphères de la justice et de la police, il y a quelque chose à cacher. Et si Yvan pense que c’est parce que Nicolas Sarkozi l’avait condamné d’office lors de sa déclaration publique le jour de l’arrestation en omettant l’adjectif présumé devant le mot assassin et qu’il ne peut plus perdre la face, je pense que lui aussi est en dessous de la vérité.

Je vais te dire Yvan, il y a certainement plus que ça. Ils ont plus à protéger qu’une vanité de Président.

Je ne permettrais pas de dire qui est dans le coup. Pas parce que j’ai la trouille, mais parce que je ne sais pas. Mais j’ai très peu de doutes sur le fait que la condamnation d’Yvan Colonna cache les secrets de certains sur la mort du préfet Erignac.

Et je souhaite la justice. Pas une mascarade. Et une vraie justice voudrait qu’on en finisse avec Yvan Colonna... Permettez-moi de préciser : en finir, c’est l’acquitter. Et qu’on reprenne une instruction qui fouille réellement pour répondre à quelques questions.

Pourquoi le Président de la Cour d’Assise cherche-t-il à discréditer absolument tout ce qui pourrait innocenter Yvan Colonna ?

Pourquoi Roger Marion a-t-il perdu les enregistrements téléphoniques qui innocentaient Yvan Colonna ?

Pourquoi le Juge Wacogne dit-il avoir volontairement omis de lire les informations qui lui avaient été remises par Didier Vinolas, et pourquoi les a-t-il cachées à la défense ?

Pourquoi les différents services de justice et de police donnent-ils des informations contradictoires ? Et qui ment ?

Pourquoi les parties civiles trouvent formidable Didier Vinolas lorsqu’il témoigne en leur faveur, et tentent de le discréditer lorsqu’il veut donner un complément d’information concernant l’affaire ? Qu’est-ce qui les terrorise à cette idée ?

Pourquoi la cour refuse-t-elle de rouvrir l’instruction quand il est évident que celle-ci a été bâclée, au risque de condamner un innocent à perpétuité ? Qui veut-elle protéger ?

etc. etc. etc.

Si cette justice est déniée aux français, certainement que 15 jours après la condamnation d’Yvan Colonna, la plupart auront oublié. Mais pas complètement. Il reste toujours des traces lorsqu’une injustice est commise. La force d’un peuple, la force d’une république, la force d’une démocratie, c’est la confiance. Si la confiance en la justice disparaît, alors c’est la terreur qui la remplacera. Elle sera peut-être cachée, sourde, mais elle sera là. Et c’est à nous de demander que justice soit faite. Et qu’on fouille du coté de ceux qui disent des contre-vérités, ceux qui mentent, ceux qui cachent.

On dirait que finalement, le seul qui dise la vérité depuis le début, c’est l’accusé...

Il y a 110 ans, Emile Zola écrivait à Félix Faure :

"Et c’est fini, la France a sur la joue cette souillure, l’histoire écrira que c’est sous votre présidence qu’un tel crime social a pu être commis.
Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis.
Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d’honnête homme Pour votre honneur, je suis convaincu que vous l’ignorez. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n’est à vous, le premier magistrat du pays ?"

Et plus loin dans sa lettre :

"L’opinion préconçue qu’ils ont apportée sur leur siège est évidement celle-ci : « Dreyfus a été condamné pour crime de trahison par un conseil de guerre ; il est donc coupable et nous, conseil de guerre, nous ne pouvons le déclarer innocent ; or nous savons que reconnaître la culpabilité d’Esterhazy ce serait proclamer l’innocence de Dreyfus. » Rien ne pouvait les faire sortir de là.
Ils ont rendu une sentence inique qui à jamais pèsera sur nos conseils de guerre, qui entachera désormais de suspicion tous leurs arrêts. Le premier conseil de guerre a pu être inintelligent, le second est forcément criminel."

"Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable, elle restera pour votre présidence une souillure. Je me doute bien que vous n’avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de la Constitution et de votre entourage. Vous n’en avez pas moins un devoir d’homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez. Ce n’est pas, d’ailleurs, que je désespère le moins da monde du triomphe. Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera. C’est d’aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes : d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse ; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite. Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres."

Emile, que n’es-tu pas vivant aujourd’hui pour mettre un terme à ce nouveau bal des menteurs...

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